Il existe quatre manières principales d'utiliser les huiles essentielles en aromathérapie : l'absorption par voie orale, rectale, cutanée et respiratoire.

Selon la composition biochimique et les applications thérapeutiques de chaque huile essentielle, il existe des moyens idéaux d'administration et d'autres qui doivent être proscrits. Il faut aussi tenir compte de leur conservation difficile, de leur insolubilité dans l'eau, de leur saveur souvent âcre et brûlante et de leur pH acide.



Voie Orale

En principe, les traitements internes sont à réserver à la prescription médicale ou au conseil pharmaceutique. L'automédication n'est possible qu'à condition de bien connaître l'huile essentielle et de l'employer à bon escient. Pour une même huile essentielle ou un même mélange, les cures sont de trois semaines au maximum suivies d'une pause thérapeutique de une semaine.

Les huiles essentielles peuvent être administrées pures à une posologie allant de une trace pour les HE agressives à une à trois gouttes par prise pour les HE non irritantes.

- Directement sous et sur la langue pour traiter des infections nasales et sinusiennes. La voie sublinguale évite l'effet de premier passage hépatique et permet une action rapide. C'est aussi la voie idéale pour traiter les affections pharyngées. Le goût prononcé des HE est un caractère limitant à cette forme d'administration. Boire ensuite un grand verre d'eau tiède ou une infusion pour faire passer le goût.

- Incorporées avant administration dans une cuillère à café de miel liquide, diluées dans une huile végétale (sésame, noisette) ou déposée sur de la mie de pain ou un comprimé neutre de lactose à sucer ou croquer.

- Les huiles essentielles, en particulier en cas de mélanges, peuvent être présentées sous forme de solution buvable à diluer extemporanément dans de l'eau (gouttes aux essences). L'éthanol à 95 % n'est presque plus utilisé comme excipient. Mélangé aux HE il donne une solution homogène mais remises, en milieu aqueux, les HE vont se séparer et surnager. Le patient va donc les absorber à l'état pratiquement pur, ce qui peut être dangereux pour les muqueuses. A l'inverse, les HE peuvent se déposer et rester sur les parois du récipient Préférer la réalisation de la solution avec une huile hydrophile. Remise en milieu aqueux, elle donne une émulsion suffisamment stable pour être absorbée. Ces solutions hydrodispersées sont concentrées à 2,5 % pour les HE agressives, 10 % pour les HE douces : 10 à 30 gouttes dans demi-verre d'eau minérale avant les repas, une à trois fois par jour en règle générale.

- Autre possibilité : rajouter les HE à un mélange de teintures mères ou d'extraits hydroalcooliques végétaux pour réaliser une suspension à agiter juste avant emploi.

- La forme gélule présente l'avantage d'une facilité d'administration (en particulier en cas de traitement ambulatoire), d'une absence de goût, d'une plus grande compliance surtout en cas de traitement prolongé. Liquide, les HE doivent être fixées sur un support pulvérulent inerte : silices précipitées amorphes ou mélange de 30 % de kaolin, 60 % de phosphate tricalcique, 10 % de sorbitol.

La quantité d'HE pouvant être renfermée dans une gélule varie de 25 à 125 mg. Ce sont des préparations magistrales qui doivent répondre aux exigences d'uniformité de masse et de teneur. Ces gélules se stockent dans un flacon en verre teinté, à l'abri de la lumière, de la chaleur. Le délai de conservation est de deux mois au-delà desquels l'huile essentielle, très volatile, diffuse en entraînant une perte en principe actif.

- D'autres formes galéniques sont destinées à la voie orale en aromathérapie. Il s'agit de poudres pour dissolution ou suspension dans l'eau, pastilles et pâtes officinales, sirops, potions.

Nausées et pyrosis sont possibles (1 % des cas). Les troubles disparaissent en baissant la dose de moitié pendant huit jours. Remonter ensuite progressivement à la dose thérapeutique initiale à raison de deux gouttes supplémentaires par jour.

Dans la plupart des cas, les troubles ne réapparaissent pas. Conseiller d'accompagner leur absorption d'une prise alimentaire (compote, fruit, repas) pour limiter les renvois.

La tolérance gastrique de l'aromathérapie est améliorée par l'utilisation de gélules rendues gastrorésistantes ou de capsules molles à base de gélatine préparées industriellement : elles contiennent 50 mg d'HE et 200 mg d'huile végétale de sésame ou de noix qui permettent de tamponner l'agressivité des HE pour la muqueuse gastrique.



Voie rectale

La voie rectale permet une très bonne résorption des huiles essentielles. Elle est utilisée pour une action locale ou générale, en particulier en cas de pathologies infectieuses pulmonaires et chez les enfants ou les patients ayant une mauvaise tolérance gastrique.

- Les suppositoires contiennent jusqu'à 50 mg d'HE pour un suppositoire nourrisson de 1 g, 75 à 125 mg pour un suppositoire adulte de 2 g, 150 à 300 mg pour un suppositoire de 3 g. En aromathérapie, les excipients utilisés sont constitués de mélange en proportions variables de mono-, di- ou triglycérides hydrogénés ou non. Dans le cas de suppositoires forme « torpille ››, rappeler aux patients que leur introduction se fait la pointe en dernier lieu.

- Les micro-lavements permettent également une aromathérapie à doses plus élevées que par voie orale. Les huiles essentielles (jusqu'à 20 à 30 %) utilisées dans un but anti-infectieux sont mises en solution dans un excipient type mélange d'huile de mais et Labrafil.

Hémorroïdes, rectocolite hémorragique, maladie de Crohn sont des contre-indications à l'administration par voie rectale. Des précautions sont nécessaires pour les phénols irritants ou les cétones neurotoxiques.



Voie gynécologique

Les ovules gynécologiques sont destinées à une action locale anti-infectieuse sur la muqueuse vaginale. Les excipients utilisés sont les mêmes que ceux employés pour la préparation des suppositoires. Les ovules contiennent de 5 à I0 % d'HE.



Voie pulmonaire

Les aérosols sont très efficaces, mais cette technique est exclusivement réservée à la prescription médicale car elle nécessite une surveillance et un test préalable de tolérance. Les états allergiques, en particulier respiratoires, sont une contre-indication formelle à l'emploi des aérosols d'HE. Les séances durent 5 à 20 minutes et peuvent se répéter dans la journée.

Les inhalations humides consistent à faire respirer des vapeurs chaudes chargées d'huiles essentielles. Elles s'utilisent dans un but thérapeutique pour toutes les affections respiratoires et pulmonaires, certains maux de tête d'origine nerveuse ou digestive.

Mode d'emploi : dans un bol contenant de l'eau chaude, ajouter 3 à 10 gouttes d'HE. Placer la tête au-dessus du récipient en se couvrant avec une serviette de toilette afin que les vapeurs ne soient pas dispersées. Les inhalations durent trois à sept minutes, selon ce qui est supportable, à renouveler deux à quatre fois par jour (Aromasol, Essence algérienne, Myrtine inhalante Lehning...).

Quelques exemples d'HE respiratoires : pin, eucalyptus officinal, niaouli, cajeput, thym, romarin à cinéole, origan...

Dans l'inhalation sèche, la préparation aux HE est déposée sur un mouchoir propre avant inspiration (Brumessence de Weleda, Respirome, Climarome du D' Valnet. . .).

La diffusion dans l'atmosphère des huiles essentielles permet l'absorption pulmonaire des microparticules volatiles. Cette forme d'utilisation des huiles essentielles est mise à profit pour :

- éliminer des odeurs désagréables : tabac. Cuisine...

- créer une ambiance de bien-être : lavande, orange, citron, géranium odorant

- bénéficier des propriétés spécifiques des huiles essentielles : dégager les voies respiratoires (eucalyptus, myrte, lavande, romarin à cinéole), éloigner les moustiques (citronnelle de Ceylan), relaxer (néroli, lavande, marjolaine, mandarine), tonifier (citron, lavandin, romarin à cinéole, basilic, pin), assainir l'atmosphère en période d'épidémie de grippe (citron, sapin de Sibérie, Eucalyptus), à utiliser le plus souvent en associations.

La diffusion peut être assurée :

- par un diffuseur d'arômes électrique de taille adaptée au volume de la pièce. Les huiles essentielles ne sont pas chauffées et gardent toutes leurs propriétés. Il peut fonctionner à différents débits. En 15 minutes environ l'air de la pièce est saturé. L'appareil fonctionne sans discontinuité dans une boutique, un hall d'hôtel, le temps d'une conférence... Dans la maison, brancher l'appareil au volume maximal une heure le matin et une heure le soir, et, dans les chambres, une heure avant le coucher pour mieux dormir;

- par des brûle-parfums ou chauffe-essences qui permettent seulement de parfumer et assainir l'atmosphère car ils chauffent les huiles essentielles qui perdent une bonne partie de leurs propriétés. Il en va de même pour la coupelle déposée sur un radiateur.

Attention, toutes les huiles essentielles ne sont pas bonnes à diffuser! C'est le cas pour les HE à phénols qui sont irritantes pour les muqueuses (sarriette, thym à thymol, girofle...), pour les HE à cétones (sauge, thuya, ciste), pour la cannelle.

Ces huiles essentielles sont utilisées seulement si nécessaire et en faible proportion en association avec des HE douces.

Pour traiter les voies aériennes, l'aromathérapie fait également appel à d'autres modes d'utilisation :

- Gargarismes : les HE en concentration assez faible sont solubilisées dans un émulsionnant et souvent en mélange avec des hydrolats aromatiques.

- Collutoires : appliqués en badigeonnage sur les muqueuses de la cavité buccale et de l'arrière-gorge. Les HE sont solubilisées dans un agent émulsionnant. L'adjonction d'un agent viscosant permet une meilleure biodisponibilité.

- Gouttes nasales : les HE doivent être très diluées pour éviter tout traumatisme des muqueuses.

Ne pas utiliser d'huile minérale (paraffine liquide) en raison du risque, lors d'utilisation abusive, d'une irritation des bronches.



Voie cutanée

L'utilisation des huiles essentielles en application sur la peau est largement employée en aromathérapie. Leur action n'est pas seulement locale mais aussi générale car elles pénètrent facilement et rapidement la couche cutanée. Elles diffusent dans la microcirculation périphérique avant de se retrouver dans la circulation générale pour y exercer leur activité.

Dans un but thérapeutique, l'interface cutanée est indiquée dans les affections locorégionales superficielles et semi-profondes (muscles, articulations...), pour une action sur les tissus et organes proches (plexus, surrénales, foie...), sur le système nerveux périphérique et les zones réflexes, chez les personnes intolérantes aux HE par voie orale, chez les jeunes enfants et les femmes enceintes.

Les applications simples (onctions) se font de manière générale en regard de l'organe-cible affecté :

- thorax, dos : action sur les bronches;

- colonne vertébrale : action sur le système nerveux (action apaisante, décontractante);

- abdomen : action sur les organes internes (intestin, estomac, foie...) ;

- nuque, tempes, front, lobes des oreilles : céphalées et migraines;

- région corticosurrénale : reins.

Les huiles essentielle sont utilisées :

- pures : trois gouttes une à plusieurs fois par jour pour des applications localisées avec des HE non irritantes;

- diluées en concentration de 5 % (HE phénoliques) en massages locaux à 50 % en massages généraux. Les excipients les plus utilisés sont des huiles végétales qui pénètrent le tissu cutané sans laisser de film gras sur la peau: huiles de tournesol, noisette, germe de blé, pépin de raisin, amande douce, Macadamia.

Elles peuvent également être incorporées dans des formes galéniques à usage externe plus élaborées, choisies en fonction du transit cutané souhaité et de la qualité de la peau à traiter : crèmes, gels, pommades, pâtes dermiques, liniments.

En solution huileuse ou sous forme de gel et de crème, les HE sont également utilisées en massages pour la kinésithérapie (Huile H Dermaïane...).

Les frictions se font généralement avec un mélange d'huiles essentielles pures ou diluées dans une huile végétale ou un lait neutre pour le corps selon les HE utilisées. Pour les peaux fragiles, toujours mélanger 10 à 15 ml du mélange choisi à 100 ml d'huile végétale. Les frictions les plus utilisées sont celles, toniques, à réaliser le matin au réveil après une douche fraîche avec quelques gouttes d'une composition tonique sur le thorax, les bras, les jambes en deux minutes au maximum. Pour se décontracter le soir, préférer, après une douche chaude, un massage de la nuque et de tout le dos. Les frictions des jambes concernent les problèmes circulatoires veineux.



Comment préparer un bain aromatique

Les bains aromatiques (Weleda, Kneipp, Babibad, Bíobadol...) se font avec des mélanges toniques le matin suivis d'une douche fraîche, ou décontractants pris avant de se coucher ou le matin pour les anxieux, les frileux, ou pour soulager des douleurs rhumatismales en complément d'un traitement spécifique.

Les huiles essentielles, sauf la lavande, ne doivent jamais être versées directement dans l'eau du bain mais toujours préalablement sinon elles restent à la surface de l'eau et peuvent irriter la peau. Pour un bain, mélanger 3 à 15 gouttes d'HE à de la poudre de lait entier (2 à 3 cuillères à soupe par bain) ou de la poudre d'algues (1 à 2 cuillères à soupe par bain) ou un jaune d'oeuf, un savon liquide (1 cuillère à soupe par bain), un dispersant type Disper (2 à 3 cuillères à soupe par bain). Idéalement, le bain à 37 °C comprend cinq à quinze minutes de détente suivie d'une friction avec l'eau. Au sortir du bain, ne pas s'essuyer mais s'envelopper dans un peignoir et s'allonger cinq à quinze minutes en se relaxant.



Esthétique

L'aromathérapie est utilisée pour :

- des soins du visage : fumigations pour préparer la peau à recevoir un soin cosmétique, 3 à 10 gouttes par bol, masques au miel ou à l'argile contenant 1 à 5 gouttes d'HE pour 3 cuillères à soupe et laissés en place 10 minutes environ pour les peaux grasses (lavande, sauge sclarée, sassafras, citron) ; antirides (romarin, bois de rose) ; lotions et toniques à appliquer quotidiennement, constitués d'hydrolats aromatiques adaptés au problème de peau; huiles de beauté réalisées avec des HE et des huiles vierges choisies en fonction du type de Peau :

- des soins du corps : huile de beauté régénératrices, antirides, protection des mains et huiles de massage raffermissantes, stimulantes, contenant 10 à 15 ml d'HE pour 100 ml d'huile végétale, laits pour le corps (1 à 15 ml dans 250 ml de lait) ;

- des soins des cheveux : lotions de rinçage pour cheveux gras : une cuillère à soupe de vinaigre de cidre + un litre d'eau + 5 gouttes d'HE de citron; huile capillaire antipelliculaire avant shampooing: 50 ml d'huile végétale d'abricot + 15 gouttes d'HE d'arbre à thé + 10 gouttes d'HE de géranium rosat + 5 gouttes d'HE de lavande.