Les brûlures de l'estomac se manifestent par une sensation douloureuse d'acidité, le plus souvent après un repas.

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) correspond au passage dans l'œsophage d'une partie du contenu gastrique. Un reflux physiologique est normal. Il devient pathologique lorsqu'il est trop fréquent et/ou prolongé.

Le RGO est en général lié à une défaillance du sphincter de la jonction œsogastrique.

Il se manifeste classiquement par un pyrosis (sensation de brûlure ascendante de l'estomac à la bouche) et par des régurgitations acides (remontées du contenu gastrique sans effort de vomissement).

Le RGO peut aussi se manifester par une toux chronique, un asthme, une laryngite, une pharyngite, une voie enrouée, des éructations, des douleurs thoraciques.

La principale complication est l'œsophagite.

Le surpoids est un facteur de risque de RGO (plus grande pression abdominale).

Un adulte sur trois présente des symptômes de reflux en France et environ 8 % des Français ont des symptômes au moins une fois par semaine.

Les facteurs déclanchants

Les habitudes qui déclenchent une brûlure ou un reflux sont à repérer pour être évitées :

- les plats gras, épicés, sucrés ou acides (tomates, agrumes...), la menthe, le chocolat, l'alcool, le café ou encore le tabac ;

- le stress;

- certains médicaments : les AINS et l'aspirine en particulier ;

- se pencher en avant ou faire un effort qui augmente la pression abdominale ;

- la position allongée (vidange gastrique ralentie).

Quand consulter ?

Les brûlures d'estomac et le RGO sont la plupart du temps sans gravité lorsqu'ils sont épisodiques. Un conseil approprié à l'officine associant des règles hygiéno-diététiques et la prise ponctuelle d'un traitement peut suffire à soulager les patients. Toutefois, la vigilance s'impose pour ne pas passer à côté des cas signant une pathologie plus grave comme une œsophagite, un ulcère ou des complications plus rares.

Une consultation s'impose :

- si le patient a plus de 60 ans et présente des symptômes de RGO (une endoscopie est effectuée pour rechercher œsophagite ou rétrécissement de l’œsophage) ;

- si le patient a entre 50 et 60 ans et présente des facteurs de risque néoplasique (alcool, tabac) ;

- si le patient se plaint de brûlures d'estomac chroniques ou de douleurs non soulagées par le traitement (risque d'ulcère) ;

- si le patient se plaint d'un RGO chronique ;

- en cas d'antécédents d'ulcère gastrique, de chirurgie digestive, de maladie hépatique ;

- si le patient a perdu du poids ou manque d'appétit;

- si le RGO s'accompagne de toux, de maux de gorge, d'asthme, de dyspnée inspiratoire, de difficultés à déglutir, d'enrouement ;

- en présence de douleurs abdominales et de diarrhées ;

- en cas de rejet de sang buccal.

Règles Hygiéno-diététiques

Repérer les aliments déclencheurs afin de les éviter.

Éviter les repas copieux ou riches en graisses qui ralentissent la vidange gastrique.

Éviter l'alcool et les boissons gazeuses.

Ne pas s'allonger dans les 3 heures qui suivent un repas.

Si la douleur survient plutôt la nuit, surélever la tête du lit.

En cas de surpoids, un régime permet de diminuer la compression sur le cardia.

Éviter de porter des vêtements trop serrés ou des ceintures qui compriment l'abdomen.

Agir sur le facteur stress en pratiquant une activité physique, une activité de relaxation...

Médicaments

Pour soulager les brûlures d'estomac, on peut avoir recours aux antiacides, aux alginates ou aux inhibiteurs de la pompe à protons (IPP). Ces trois familles aux mécanismes d'action différents ont un seul et même objectif : diminuer l'acidité de l'estomac.

Ces médicaments peuvent aussi être indiqués dans les symptômes du reflux (pyrosis en particulier) car, en diminuant l'acidité gastrique, ils diminuent l'acidité du reflux œsogastrique.

Les alginates sont à conseiller en cas de remontées acides dans l'œsophage.

Les Antiacides

Sels d'aluminium (Maalox, Marga), sels de magnésium (Maalox, Marga Rennie), carbonate de calcium et bicarbonate de sodium sont les principaux antiacides.

Mode d'action :

Les antiacides agissent en neutralisant les ions H+ présent dans les sécrétions gastriques.

Par effet tampon, ils provoquent une élévation du pH gastrique et rendent le reflux moins acide. Leur délai d'action quasi immédiat permet leur administration dès les crises douloureuses : 1 à 2 h après le début d'un repas, au coucher, ou lors de circonstances qui peuvent les déclencher. Leur durée d'action est de 30 à 60 minutes.

Interactions médicamenteuses :

Les antiacides interagissent avec de nombreux médicaments par formation de complexes insolubles et en raison de la modification du pH gastrique qui limite leur absorption : espacer la prise de 2 à 3 h avec le traitement concomitant, en prenant si possible l'antiacide en dernier.

Effets indésirables :

La prise d'antiacides n'est pas anodine : il est indispensable d'insister sur l'intérêt de ne pas prolonger le traitement et de respecter les doses maximales.

Les Alginates

Les alginates (Gavisconell) forment un gel visqueux au-dessus du contenu gastrique. Cette barrière physique protège l'œsophage en cas de reflux.

Ils se prennent à la fin d'un repas et à la demande. L'effet est quasi immédiat pendant 2 à 4 heures.

Certaines spécialités associent alginate et antiacides.

Espacer les prises de 2 heures avec d'autres médicaments.

IPP (Inhibiteurs de la Pompe à Protons)

Les IPP (Mopralpro, Inipepsia, Pantoprazole, Oméprazole) bloquent la pompe à protons au niveau des cellules pariétales de l'estomac, inhibant ainsi la sécrétion gastrique d'H+. Leur effet survient 2 à 3 jours après la première prise. Il est possible d'associer un autre antiacide les premiers jours.

Seuls le pantoprazole et l'oméprazole sont actuellement disponibles en conseil.

Des céphalées et des troubles digestifs sont peu fréquents avec le pantoprazole et fréquents avec l'oméprazole.

Cas particuliers

Femme enceinte

Le RGO est fréquent chez la femme enceinte, notamment au 3ème trimestre de grossesse. Deux mécanismes en sont à l'origine : une hyperpression intra-abdominale et un relâchement du sphincter œsophagien inférieur d'origine hormonale.

Privilégier les règles hygiéno-diététiques.

Les sels de magnésium et les alginates sont à préférer aux sels d'aluminium. Éviter les spécialités à base de carbonate de calcium (risques potentiels au niveau de l'ossification lors de traitements prolongés ou à forte dose).

L'oméprazole peut être utilisé quel que soit le terme de la grossesse.

Nourrisson

Le RGO du nourrisson est fréquent et normal dans les premiers mois de la vie. ll est lié à une immaturité du sphincter inférieur de l'œsophage.

Des règles simples peuvent suffire à le soulager : fractionner les repas pour diminuer le volume de liquide ingéré à chaque repas, additionner le lait d'une poudre épaississante ou utiliser un lait épaissi spécifique.

Si ces conseils ne suffisent pas ou si le RGO s'accompagne de signes de gravité (refus de boire, malaise, gêne respiratoire chronique, retard de croissance, pleurs anormaux, impression que l'enfant a mal), une consultation s'impose.

Ulcère gastroduodénal

L'ulcère gastroduodénal survient lors d'un déséquilibre entre les mécanismes d'agression (sécrétions acides) et de défense (barrière muqueuse) en un point précis de la muqueuse. Dans sa forme typique, le patient ressent une douleur épigastrique de type crampe, calmée au moment des repas. Plus rarement, l'ulcère peut être asymptomatique ou se manifester d'emblée par ses complications (vomissements, hémorragie, perforation).

Deux origines majeures existent:

- la prise d'un médicament (principalement les AINS) ;

- une infection à Helicobacter pylori, responsable de 75 % des ulcères.

Moins fréquemment, l'ulcère peut être lié à une autre pathologie : syndrome de Zollinger et Ellison, maladie de Crohn, cancer...

A retenir

En cas de RGO, une endoscopie est recommandée chez les personnes de plus de 60ans.

Respecter au moins 2 heures entre la prise d'antiacides et celle d'autres médicaments.

Les IPP sont efficaces au bout de 2 à 3 jours.